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L’ego : ce mécanisme qui nous protège… jusqu’à parfois nous enfermer - Épisode 2

  • Photo du rédacteur: Jean-Dominique POUPEL
    Jean-Dominique POUPEL
  • il y a 1 jour
  • 3 min de lecture

Quand l’ego devient une défense

Narcissisme, honte, trauma et peur de ne plus être quelqu’un

 


Pourquoi certaines critiques font-elles si mal ?


 

Les neurosciences affectives ont montré que le rejet social et l’exclusion activent certains des mêmes circuits neurologiques que la douleur physique.

 

Ce n’est pas seulement une métaphore. C’est probablement l’une des raisons pour lesquelles certaines remarques apparemment mineures provoquent parfois des réactions aussi intenses.

 

Le cerveau peut vivre certaines menaces identitaires comme des menaces existentielles. Et c’est là que l’ego devient particulièrement intéressant. Car il ne protège peut-être pas seulement une image. Il protège parfois quelque chose de beaucoup plus profond.

 

Une cohérence. Une place. Un sentiment d’existence.

Et peut-être même une peur fondamentale de désintégration psychique.

 

 

Quand l’ego commence à se rigidifier

 


Le problème n’est donc pas d’avoir un ego.

 

Mais que se passe-t-il lorsque la survie psychique prend progressivement le dessus sur la réalité ?

 

Quand protéger l’image devient plus important que voir ?

Quand préserver la cohérence devient plus important que comprendre ?

Quand défendre le personnage devient plus important que rencontrer le réel ?

 

C’est souvent là que commencent les rigidifications, et parfois, on ne distingue plus le masque de soi-même. Parfois, maintenir une façade demande une dépense psychique énorme.

 

Burnout. Épuisement identitaire. Sensation de jouer un rôle en permanence. Syndrome de l’imposteur.

 

Parfois encore, la structure devient tellement rigide qu’évoluer commence à ressembler à une menace de mort psychique.

 

Le moindre feedback devient une attaque.

La moindre contradiction devient une humiliation.

Le moindre désaccord devient une remise en question globale de la valeur personnelle.

 

Et ce que beaucoup décrivent alors comme une réaction « égocentrique »…

…est parfois une tentative désespérée de préserver…

…une cohérence intérieure en train de se fissurer.

 

 

Le narcissisme est beaucoup plus complexe qu’il n’y paraît

 


Le narcissisme est souvent caricaturé. Comme si une personne narcissique était simplement quelqu’un qui « s’aime trop ». Qui passe son temps à se contempler à travers lui-même.

 

Parce que cliniquement, les choses sont beaucoup plus complexes.

 

Il existe un narcissisme grandiose : Visible. Dominant. Supérieur.

 

Mais il existe aussi un narcissisme vulnérable : Plus fragile. Plus honteux. Plus hypersensible.

 

Et souvent, les deux coexistent.

 

Une grande assurance extérieure peut masquer une fragilité extrêmement profonde.

 

Chez Kohut, certaines formes de narcissisme apparaissent comme des tentatives de maintenir une cohésion du soi devenue instable.

 

Chez Winnicott, certaines formes de « grandiosité » peuvent être comprises comme des protections du vrai self.

 

Autrement dit, certains comportements arrogants sont parfois moins l’expression d’une puissance psychique… que d’une tentative désespérée de ne pas s’effondrer.

 

Cela ne les rend pas moins destructeurs…

…mais cela change profondément la manière de les comprendre.

 

 

Trauma, honte et fragmentation du soi


 

Le trauma complique encore davantage les choses.

 

Dans le cas de TSPT (Trouble de Stress Post-Traumatique) complexe, les perturbations du soi deviennent centrales.

 

Honte chronique. Identité fragmentée. Dissociation. Altération profonde de la valeur personnelle.

 

Certaines personnes vivent alors avec une sensation diffuse de menace intérieure permanente.

 

Et dans ces conditions, l’ego peut devenir extrêmement défensif.

Non pas par orgueil.


Mais parce que le système psychique tente de maintenir une cohérence minimale.

 

 

Le piège ultime : l’ego spirituel


 

Puis vient probablement la forme la plus sophistiquée de toutes.

 

L’ego qui veut dépasser l’ego.

 

Le « spiritual bypass ».

 

L’utilisation du développement spirituel pour éviter la vulnérabilité, la dépendance, le conflit, la douleur, ou simplement certaines réalités humaines fondamentales.

 

Alors quelque chose de très sournois peut apparaître : l’identité spirituelle.

 

Le besoin d’être éveillé. Le besoin d’être conscient. Le besoin d’être au-dessus. Le besoin d’être détaché.

 

Et parfois, derrière les discours sur l’amour universel ou l’absence d’ego… une structure extrêmement défensive continue silencieusement d’opérer.

 

C’est là que la métaphore du tireur d’élite devient particulièrement juste.

 

L’ego brutal est visible.

 

Mais l’ego spirituel peut devenir presque invisible à lui-même.

 

Humilité performative. Supériorité morale subtile. Contrôle « bienveillant ». Domination psychologique déguisée en sagesse.

 

Le problème est que certaines pratiques contemplatives peuvent effectivement être utilisées défensivement.

 

Non pas pour intégrer davantage le réel. Mais pour éviter certaines expériences humaines.

 

La dissociation peut parfois ressembler à du détachement.

L’anesthésie émotionnelle peut parfois ressembler à de la paix.

Le retrait peut parfois ressembler à de la transcendance.

 

Et c’est précisément là que le sujet devient délicat.

 

Car il ne s’agit pas de nier les bénéfices potentiels de certaines pratiques. La méditation, la pleine conscience et les traditions contemplatives peuvent profondément transformer la relation à soi.

 

Mais elles ne dissolvent pas magiquement les structures narcissiques.

 

Parfois même, elles peuvent leur offrir une sophistication supplémentaire.

 
 
 

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