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L’ego : ce mécanisme qui nous protège… jusqu’à parfois nous enfermer - Épisode 3

  • Photo du rédacteur: Jean-Dominique POUPEL
    Jean-Dominique POUPEL
  • il y a 1 jour
  • 4 min de lecture

Peut-on vraiment apaiser l’ego ?

Conscience, lucidité et relation à soi


  

Le vrai mouvement : le « decentering »


 

Alors que signifie réellement « assouplir » l’ego ?

 

Certainement pas le détruire, mais développer une capacité particulière.

 

« Le decentering. »

 

Cette capacité à observer ses pensées, ses émotions, ses récits intérieurs… sans être totalement fusionné avec eux.

 

Quelque chose change alors, les pensées restent présentes. Les émotions aussi. Le soi continue d’exister.

 

Mais il devient légèrement moins solide. Moins absolu. Moins collé à chaque mouvement psychique.

 

On commence progressivement à voir ses réactions…

…plutôt qu’à être entièrement défini par elles.

 

Et ce déplacement est immense, car il transforme la condamnation en observation.

 

 

Le monde moderne : une machine à ego


 

Les réseaux sociaux ont probablement matérialisé comme jamais auparavant certains mécanismes psychiques anciens.

 

Erving Goffman décrivait déjà la vie sociale comme une forme de mise en scène.

 

Aujourd’hui, cette logique est intégrée directement dans l’architecture des plateformes.

 

Chaque profil devient une vitrine. Chaque publication une performance. Chaque réaction une mesure sociale.

 

Mais il y a quelque chose de plus critique encore :

 

Lacan expliquait que le moi se construit dans le regard de l’Autre. Les réseaux sociaux ont quantifié ce regard.

 

Le « like » est devenu une unité de mesure de l’existence sociale qui exploite quelque chose de fondamentalement humain. Le besoin d’être vu. Le besoin d’être confirmé. Le besoin d’exister psychiquement dans le regard d’autrui.

 

Les plateformes ne créent pas l’ego.

Elles industrialisent la présentation de soi.

Et monétisent le besoin de validation.

 

 

Le couple : là où l’ego devient visible


 

Le couple est souvent un révélateur brutal, parce qu’il touche directement à l’attachement, la honte, la reconnaissance, la sécurité, la valeur personnelle.

 

Une phrase comme « Je me sens ignoré(e) » peut être entendue inconsciemment comme « Tu es un(e) mauvais(e) partenaire. »

 

Alors la défensivité apparaît par des contre-attaques, des justifications, un refus d’impact, le besoin d’avoir raison.

 

Et très souvent, le problème n’est plus la situation initiale.

 

Le problème devient la protection identitaire.

 

Car le besoin d’avoir raison est parfois moins un besoin de vérité…

…qu’un besoin de ne pas se sentir diminué.

 

 

Le travail, le statut et la peur de ne plus être quelqu’un

 


Le travail touche lui aussi profondément l’identité. Le feedback peut devenir une menace. L’erreur peut devenir une humiliation. La compétence devient parfois une condition implicite de valeur personnelle.

 

Alors certaines personnes se réfugient dans une non-activité « choisie » pour éviter tout jugement et préserver leur identité fragile.

 

D’autres protègent leur image de compétence au prix même de l’apprentissage.

 

Et lorsque le statut devient central dans la régulation du soi, certaines menaces publiques peuvent pousser à des comportements profondément contraires à l’éthique.

 

Parce qu’à certains moments..

…préserver l’image devient psychiquement plus urgent que préserver la vérité.

 

 

La parentalité

 


C’est peut-être le terrain où ces mécanismes sont les plus chargés émotionnellement, et les plus invisibles.

 

Rogers a montré que la considération parentale conditionnelle conduit l’enfant à introjecter des standards sans les habiter réellement. Il apprend à performer avant d’apprendre à exister.

 

Quand la réussite de l’enfant devient un support de l’identité parentale, c’est l’ego du parent qui se joue dans la vie de l’enfant.

 

Ce n’est pas de la malveillance.

C’est souvent de l’amour.

Mais un amour qui demande quelque chose en retour sans le dire.

 

 

La conscience de l’écart


 

Alors que faire de tout cela ?

 

Certainement ne pas chercher à détruire l’ego, au contraire, peut-être apprendre à voir.

 

Voir quand nous sommes fusionnés avec nos récits.

Voir quand une menace touche quelque chose de plus profond qu’une simple opinion.

Voir quand nous cherchons davantage à protéger une identité qu’à rencontrer la réalité.

 

Parce qu’avoir un ego, c’est essentiel, vital, fonctionnel. Le problème commence lorsque nous devenons incapables de le voir à l’œuvre.

 

Pourtant, il existe un écart sain. Une flexibilité. La capacité à jouer certains rôles sans s’y perdre totalement. Comme les acteurs de cinéma qui entrent dans un rôle puis le quittent.

 

Mais lorsque cet écart devient inconscient, rigide ou coûteux, c’est comme tomber dans un cercle vicieux.

 

Et pour retrouver un cercle vertueux, on peut se poser une question particulièrement précieuse :

 

Qu’est-ce qui exactement se sent menacé en moi en ce moment ?

 

Ma valeur ? Mon image ? Mon contrôle ? Mon innocence ? Mon appartenance ? Ma supériorité ? Ma cohérence ?

 

Cette question ne condamne pas.

 

Elle observe.

 

Et c’est précisément ce mouvement qui ouvre un espace psychique nouveau.

 

 

Frontière saine ou défense égotique ?


 

Une frontière saine protège la dignité.

 

Elle peut dire : « Je n’accepte pas d’être traité de cette manière. » Sans détruire l’autre. Sans mépris. Sans écraser.

 

Une défense égotique, au contraire, cherche souvent à restaurer une cohérence interne par la contre-attaque, la « grandiosité », le mépris, la déformation de la réalité, ou l’impossibilité de reconnaître l’impact produit.

 

Un ego pacifié n’est donc pas un ego désarmé.

Il reste capable de protéger. De poser des limites. De partir. De dire non.

 

Mais il n’a plus autant besoin de détruire pour préserver son existence.

 

 

Mentalisation et auto-compassion


 

Deux capacités semblent particulièrement importantes dans cette dynamique.

 

La mentalisation, et l’auto-compassion.

 

La mentalisation correspond à la capacité de tenir simultanément en vue son propre esprit, et celui de l’autre.

 

Quand elle s’effondre, les réactions deviennent plus absolues. Plus identitaires. Plus rigides.

 

L’auto-compassion, quant à elle, offre une alternative intéressante.

Pas d’auto-condamnation. Pas de « grandiosité ».

 

Une relation à soi suffisamment stable pour ne pas exiger la perfection permanente.

 

 

Qui tient réellement l’arme ?


 

Alors si le but n'était pas de détruire l'ego, ni de l’adorer, mais de développer une relation suffisamment lucide avec lui ?

 

Assez de structure pour aimer, choisir, protéger et agir.

Assez de souplesse pour se réviser face à la réalité.

 

Car au fond, l’ego pacifié n’est pas un ego absent. C’est peut-être simplement un ego qui n’a plus constamment besoin de défendre son existence.

 

Alors la métaphore revient une dernière fois.

 

Le bazooka. Le tireur d’élite. Le pistolet à fleurs.

 

Mais ces états ne sont pas réellement une progression linéaire.

 

L’ego spirituel peut être plus dangereux que l’ego brutal, parce qu’il devient parfois invisible à lui-même.

 

Et finalement, la vraie question n’est peut-être ni « quel ego avons-nous ? », ni « Face auquel sommes-nous ? »

 

Mais plutôt :

 

Quand nous parlons…

…quand nous réagissons…

…quand nous voulons convaincre…

…quand nous voulons avoir raison…

…Ou être vu comme quelqu’un de « bon », de « sage » ou de « conscient »…

 

Savons-nous réellement… qui tient l’arme ?

 
 
 

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